28 mai 2007
Le Pélican

Le soleil ayant été particulièrement généreux vendredi dernier (et ce n'est rien de le dire : 30° dans l'après-midi !) je me suis enfin décidée à dépoussiérer, gonfler et graisser ma bicyclette. Résultat des courses (si l'on peut dire) ...
Non, vous n'avez pas la berlue, il a bien neigé sur nos montagnes !
De plus, coincée à la maison faute de bus en ce lundi de Pentecôte alors que je devrais être en train de travailler pour le bien-être de nos anciens (à croire que la Loi n'est pas la même pour tous ...), j'en profite pour déguster par petites touches gourmandes mon dernier emprunt à la bibliothèque municipale : "Cent récitations de notre enfance".
Comme l'écrivent ses auteurs, Albine Novarino et Béatrice Mandopoulos, "ces bribes de poèmes célèbres qui furent souvent les récitations de nos enfances - la nôtre, celle de nos parents, celle de nos enfants - ont un pouvoir immédiat : celui de nous transporter dans un autre monde ; ce sont un peu nos madeleines proustiennes : un vers nous revient, un univers nous est rendu".
Aujourd'hui j'ai choisi pour vous et plus particulièrement pour le plus célèbre des marins de la blogosphère, j'ai cité Patrick de Cuisine de la Mer dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, le Pélican de Robert Desnos.
Le Pélican
Le capitaine Jonathan,
Etant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-Orient.
Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.
Robert Desnos

20 avril 2007
Elles sont arrivées !
Ce matin en allant au bureau je les ai tout d'abord entendues, elles m'ont fait lever la tête vers le ciel, et puis je les ai vues, là-haut, tout là-haut ...
Les hirondelles sont arrivées !
Un pur moment de bonheur
CE QUE DISENT LES HIRONDELLES
Elles s'assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L'une dit : " Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !
" Tous les ans j'y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d'un boulet de canon. "
L'autre : " J'ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d'un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d'ambre
Sur le seuil d'un rayon chauffé.
" J'entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs. "
Celle-ci : " J'habite un triglyphe
Au fronton d'un temple, à Balbeck.
Je m'y suspends avec ma grille
Sur mes petits au large bec. "
Celle-là : " Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s'y dresse
Au chapiteau des noirs piliers. "
La cinquième : " Je ferai halte,
Car l'âge m'alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l'eau bleue et le ciel bleu. "
Extraits d'un poème du très classique
Théophile Gautier

Edit : un de mes grands plaisirs est de découvrir un mot nouveau. A chaque fois c'est comme un cadeau que me fait la langue française. Dans ce poème que j'aime, malgré son classicisme un peu austère et suranné, pour l'image des hirondelles voyageuses, c'est comme un matin de Noël, une avalanche de cadeaux !
Les métopes du Parthénon par exemple. Quid ? nf (archi.) Espace de la frise dorique, souvent orné d'un bas-relief ...Et la frise dorique ? Se dit du plus simple des trois ordres d'architecture grecque et de ce qui s'y rapporte ...
Voilà donc où nichait notre hirondelle à Athènes.
Les chibouchs m'ont donné un peu plus de mal car dans le dictionnaire je n'ai trouvé que chibouque nf Pipe turque à long tuyau. Variante chibouk.
11 février 2007
Plume d'ange
Arrivé directement du Québec ce matin dans ma boîte,
c'est un harfang (emblème du Québec)
Vous voyez cette plume?
Eh bien, c'est une plume... d'ange
Mais rassurez-vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.
Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l'air.
J'ouvre les yeux, que vois-je?
Dans l'obscurité de la chambre, des myriades d'étincelles...
Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grands ailes de lait.
Comme une flèche d'un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit:
"C'est une plume d'ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie.
Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange.
Adieu et souviens-toi: la foi est plus belle que Dieu."
Claude Nougaro - "Plume d'ange" (1977)
PS - je ne pourrai être très présente les jours qui viennent mais j'essaierai dans la mesure du possible de vous rendre visite. A très bientôt.
09 août 2006
Picasso colombe

"On met longtemps à devenir jeune ..."
Pablo Picasso
Il était un homme oiseau
Qui cueillit le monde rond
L'ouvrit de ses doigts pipeaux
L'enfouit dans son oeil citron
Puis déshabilla les dieux
Les fit danser dans les bois
Les croqua de ses dents bleues
Les enivra de hautbois
Picasso colombe au laurier
Fit Guernica la mort aux cornes
Pour que dans un monde sans bornes
La nuit ne vienne plus jamais
La nuit ne vienne plus jamais
(Chanson de Jean Ferrat
Paroles d'Henri Gougoud)
Découvrez Jean Ferrat!
06 juillet 2006
Machado dort à Collioure
"Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours."
Quelques mots d'Aragon (d'ailleurs repris par Jean Ferrat dans sa chanson "Les Poètes") pour rendre hommage au grand poète espagnol Antonio Machado.
Triste fin de parcours pour ce républicain dans l'âme qui mit sa plume au service des opposants à Franco en participant en particulier au journal "La Vanguardia" de Barcelone. Réfugié à Madrid, puis à Valence et enfin à Barcelone, il doit se résigner à quitter l'Espagne. C'est l'exode vers la France, avec tant d'autres compatriotes, en compagnie de sa mère. Sans doute épuisé, il n'ira pas plus loin que Collioure où il arrive le 2 février 1939 pour y mourir le 22 du même mois.
Sur sa tombe, particulièrement émouvante par les nombreux témoignages de visiteurs (le plus souvent des professeurs et leurs élèves) et parce qu'on y découvre que sa mère, Anna Ruiz, ne lui a survécu que trois jours, on peut lire :

Et à côté de la pierre tombale, se trouve, discrète, dépouillée, une boîte aux lettres dans laquelle ses admirateurs peuvent glisser un message. Message au poète disparu ...

"Todo pasa y todo queda
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos
caminos sobre el mar."
Pour découvrir ... ou redécouvrir des poèmes d'Antonio Machado : ici


















